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J’étais Hugo le renégat, j’avais tant changé depuis que j’avais quitté l’adolescence, ce monde s’écroulait sous mes pieds mais j’avançais encore.

J’avais été brutalement arraché à mon labo sur ma station, Jersey, arraché à mon compagnon, arraché à mes expériences. Cet environnement je l’avais pourtant totalement conçu et optimisé pour travailler sur mon réacteur gravitonique. J’y avais trouvé un nouvel équilibre lorsque Xieng avait rejoint mon ile spatiale, apportant son amour, son énergie et son prototype. Mon compagnon m’avait insufflé un peu de cet optimisme qui semblait enraciné au fond de ses gênes. Notre projet Raptor était magnifique.

Mais les hommes, cartels et résistance unis dans une même volonté, m’avaient à nouveau rejeté. Me tirant de mon espace vers la Terre. J’aimais l’espace et haïssais la Terre. Dès la fin de la conclusion du MarsCom, j’avais été transféré manu militari, dans un état d’hébétude totale, dans cette base perdue de l’ancien Kazakhstan où tout était vieux, rouillé, chargé de misère et de défaite, et surtout inadapté. On m’avait fortement incité à abandonner mes projets de miniaturisation pour orienter mes réflexions dans une direction totalement opposée : le gigantisme. Terraformer Mars demandait des réacteurs capables de déplacer la planète de quelques millimètres sans l’abimer, un mini voyage pour un méga vaisseau spatial. L’environnement était complètement nase, mais que le projet était beau.

J’avais vite compris que l’intention de Flying Mars d’opérer un léger changement d’orbite et d’axe de rotation ne suffirait pas à apporter des conditions de vie acceptables sur la Mars. J’avais décidé de compléter ce traitement pas une infime modification de sa structure interne : mon réacteur gravitonique était capable d’en adapter les facteurs gravitationnels en simulant une croissance de la masse métallique de son cœur. Un millier de réacteurs placés en des points judicieux sur l’écorce martienne permettraient d’atteindre cet objectif. Dans un premier temps ils déplaceraient la planète, ce serait l’affaire de quelques minutes, une gigantesque impulsion, un immense uppercut spatial. Ensuite ces mêmes réacteurs seraient inversés. Retournés vers le cœur de la planète, ils en modifieraient les propriétés pour augmenter sa masse, ce qui accroitrait légèrement la gravité.

Mon nouveau projet comportait encore un défi : construire un millier de réacteurs et les disposer sur Mars. Il nous fallait un vaisseau spatial capable de joindre Mars plus rapidement que les six mois actuels. Et je ne voyais pas Riding Space nous fournir un tel engin.

Un soir, j’avais dessiné un modèle de vaisseau spatial totalement différent de notre projet Raptor. Ce vaisseau serait le réacteur lui-même. Je le nommais Tigre.

Conçu sur Terre, Tigre jaillirait vers Mars propulsé par une énergie gravitonique extraite de sa matière même. J’allais utiliser les ressources atomiques accumulées par Flying Mars pour son projet initial tout en évitant de contaminer les équipages et la planète. Chaque Tigre se poserait sur Mars à un emplacement soigneusement calculé. À partir de ce moment il serait adapté pour jouer son rôle de méga réacteur.

Pour la main d’œuvre, Flying Mars avait déjà choisi d’utiliser dans leur projet initial des prototypes Monxanto endurcis, capables de résister quelques semaines aux radiations dont ils allaient inonder la planète. Ils n’avaient pas le temps de mettre au point et construire en masse des androïdes de travailler sur Mars de manière autonome. Tandis que les clones Monxanto croissaient en quelques semaines.

Tout compte fait, je n’avais pas perdu mon temps sur Jersey lorsque j’avais étudié les effets de mon réacteur sur l’être humain. Cette activité, que j’avais conçue comme une revanche sur le genre humain, ma façon de lui rendre les coups et les blessures qu’il m’avait infligés, cette activité perverse s’était donc avérée très fructueuse. Mon bio hybride, endurci pour résister aux flux gravitoniques, avait avantageusement remplacé la version endurcie aux radiations. Les milliers d’êtres que j’avais sacrifiés dans mes expériences trouvaient là leur justification. Autre avantage, ils duraient plus longtemps que la version nucléaire. Leurs quelques années opérationnelles avant une dégénérescence de leurs cellules, permettaient de réduire les besoins en renouvellement de ces manœuvres. Le projet réduisait son délai global de plusieurs années.

Monxanto m’avait appris que mon frère, avant de se perdre dans la forêt amazonienne, sans doute pour passer à la résistance, avait détruit la base où grandissaient les clones. Mon père avait perdu la vie dans l’incendie. Yves l’avait-il tué ? Aucun indice n’avait permis cette conclusion mais qu’il l’eut fait ne m’aurait pas gêné.

J’avais demandé à Monxanto de construire un site de clonage au sein de nos installations du Kazakhstan. Nous avions amélioré l’hybride, utilisant une habile combinaison de cellules animales imprimées dans les cellules humaines des embryons. Le résultat était beaucoup plus servile que le précédent modèle, sur un athlétique corps humain il possédait une gueule de chien qui me plaisait bien. Les embryons franchissant le contrôle qualité Monxanto seraient placés par centaines dans les vaisseaux au moment du départ. Ils termineraient leur croissance pendant les semaines de vol vers Mars.

Après deux ans de travail acharné, nous étions prêts à lancer la première vague de vaisseaux. Livré à mon seul contrôle, j’étais retombé dans mon addiction et consommais de nombreux palliatifs opiacés. J’avais appris que Riding Space, grâce à Xieng avait réussi à contourner les blocages du projet Raptor. J’avais perdu un enfant mais en avais créé une multitude d’autres, bien plus beaux dans leur monstruosité.

Tout n’était pas idéalement prêt quand MarsCom nous demanda d’accélérer. Il était temps pour moi de regagner l’espace et rejoindre Mars.

J’avais embarqué avec mon équipe dans une version réduite de mon Tigre, dans cette version le réacteur avait été beaucoup plus soigneusement isolé du compartiment de vie par un bouclier de protection gravitonique renforcé.

Après avoir donné l’ordre de départ, des automates nous avaient injecté les drogues ralentisseuses de métabolisme, ensuite nos corps avaient été immergés dans un caisson de liquide régénérateur. Ces précautions nous permettraient de supporter l’écrasante poussée gravitonique.

Dans quelques semaines j’allais infliger à Mars une gifle qui la marquerait.

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