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J’étais Yves Dampierre, le traitre. J’errais dans la forêt vierge amazonienne.

J’avais tourné deux mois sans réussir à entrer en contact avec la résistance.

En quittant la base Monxanto, j’avais d’abord tiré au plus court, empruntant un itinéraire permettant de mettre rapidement le plus de distance entre eux et moi. Car je savais que l’alerte serait vite donnée. Et même si je n’avais pas laissé d’indices flagrants de ma responsabilité dans la destruction des installations, même si je n’avais pas abattu mon père, je savais que les limiers de NTW seraient vite sur mes traces. J’avais immédiatement désactivé mon implant et évité ensuite d’utiliser la moindre de ses fonctions, certaines m’auraient été pourtant bien utiles.

Après deux semaines de marche forcée, de tours, détours et retours sur mes pas, pour perdre mes poursuivants, j’avais entrepris de localiser la résistance. Je devais les aider contre la folie des cartels qui allait tous nous anéantir, il fallait aussi que je leur transmette ce que j’avais appris sur mon frère au plus tôt. La vie de Xieng en dépendait peut-être, je n’étais pas certain que le message déposé dans sa boite vocale ait été audible. Alors je m’étais mis à la recherche de cette ville mythique, nommée Ombres, dont parlaient nos mémos sur la résistance. La marche solitaire étant propice à la réflexion, j’avais compris que je ne pourrai plus jamais utiliser ‘nos’ en ce qui concernait NTW. Ces memos n’avaient finalement jamais été les miens. Seulement ceux de NTW.

Localiser Ombres s’était révélé une entreprise beaucoup plus compliquée que je ne l’avais estimée. J’avais dû organiser un quadrillage systématique d’une peu fréquentable partie de forêt amazonienne. Les pics y alternaient avec des vallées encaissées. Un cercle de plusieurs dizaines de kilomètres de rayon que j’allais devoir explorer zone après zone, chassant pour survivre une fois les quelques réserves que j’avais jetées dans mon sac avant de fuir eussent été consommées. Pour économiser mes dernières munitions, j’avais dû me confectionner un arc.

Puis les hommes de NTW avaient retrouvé ma piste, ils étaient trois. J’avais immédiatement pris des mesures pour diminuer leurs effectifs. Il n’en était resté plus qu’un qui s’était accroché à ma piste malgré tous mes pièges. Je l’avais longuement observé, il était très jeune et plutôt inexpérimenté mais très accroché à la vie. Un jour, il avait perdu son équipement en traversant un bras d’Amazone à la nage, un anaconda l’avait attaqué et il ne s’en était tiré que grâce à la flèche que j’avais plantée dans la tête du monstre. Sans doute avait-il réalisé que j’aurais pu tout aussi facilement planter cette flèche dans sa tête. Depuis il avait gardé ses distances, ne cherchant plus à me surprendre, se préoccupant plutôt de sa propre survie. Il ne semblait pas avoir été muni de l’implant NTW car il n’appela jamais les secours.

Encore un que NTW avait expédié en mission dès la signature de son contrat. Cette histoire de colonisation de Mars avait semé la zizanie au sein de NTW.

La direction s’était fractionnée entre partisans et opposants au projet. Les premiers avaient décroché auprès du MarsCom un contrat global de maintien de la paix sur Mars, avec pouvoirs de police et justice ainsi que droit de vie et de mort sur tout contrevenant. Ce n’est que plus tard qu’ils avaient compris que Mars ne serait pas fréquentable par les humains avant plusieurs dizaines d’années. La police serait principalement à exercer à l’encontre d’hybrides humains conçus par Monxanto pour travailler en environnement ultra radioactif. Ces êtres survivraient un an ou deux dans des conditions où l’homme serait mort en quelques minutes. Ils étaient censés préparer notre arrivée. Et pour faire respecter l’ordre au sein de ces populations, NTW devrait, lui-aussi, employer des hybrides et des androïdes. Les hommes, quelle que soit leur fonction, resteraient cantonnés dans un nuage de stations spatiales orbitant très loin de la surface.

Rendre la justice et faire respecter l’ordre au sein de populations dont personne ne savait exactement s’ils pouvaient être qualifiés d’humains et dont l’espérance de vie serait de deux ans maximum, allait relever d’une totale la boucherie. Cette nouvelle avait désappointé les partisans du MarsCom. Mais il était trop tard : opérer une marche-arrière en ce moment aurait été interprété comme une opposition au tout puissant MarsCom. J’avais poursuivi mon quadrillage, absolument certain que Ombres n’était pas très loin. Elle pouvait être terrée dans une vallée, accrochée au flanc d’une montagne ou enterrée plusieurs centaines de mètres sous le sol.

Puis la saison des pluies avait déployé ses brumes sous la canopée, le moindre déplacement de quelques centaines de mètres s’était transformé en un marathon dans la boue. C’est à cette période que j’avais acquis la certitude que j’étais observé. Un jour mon suiveur avait disparu. J’inspectais son camp lorsqu’une fléchette était venue se ficher dans mon cou et je m’étais endormi.

Ombre avait été placée au cœur d’un volcan éteint, un emplacement si improbable que personne n’irait la chercher là. Par contre tous ses résidents étaient conscients de l’équilibre incertain des plaques tectoniques sud-américaines et même si aucune éruption n’avait jamais été recensée, le risque existait avec un fort taux de probabilité. J’avais bien dû tourner dix fois autour de ce pic sans envisager la possibilité qu’il fut évidé. La population se composait de quelques milliers d’habitants, très jeunes. J’avais été soumis à un interrogatoire serré par un nommé Mendelssohn, très intéressé par NTW, ensuite j’avais été confié aux soins d’une grande blonde aux yeux perforants qui s’était présenté par un bref ‘Rickenbacker’ avant de commencer à me questionner sur Xieng et Riding Mars.

Chaque fois, je m’étais présenté, expliquant mon parcours, j’avais exposé mes motivations, ajoutant que j’étais inquiet pour Xieng.

Ils s’étaient retirés une bonne heure puis étaient revenus accompagnés de trois autres personnes, les membres du conseil de la résistance. C’était Mendelssohn qui avait pris la parole.

– Nous attendions quelqu’un comme vous depuis très longtemps. Mais nous avons besoin de vérifier la véracité de votre récit et la réalité de vos intentions. Nous allons vous expliquer comment nous allons faire pour instaurer rapidement la confiance entre nous.

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