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J’étais Xieng et je me demandais si mon destin se résumait à être prisonnier ou esclave.

Je n’ai jamais su comment ils avaient réussi cela mais toujours est-il que j’avais retrouvé mon prototype baignant, en pleine forme, dans sa cuve, lorsque j’avais débarqué sur Jersey, la base spatiale de la Riding Space. Une équipe s’affairait autour de lui.

C’est Hugo en personne qui m’avait accueilli du haut de son titre de Docteur. Un Hugo amaigri, dont la peau fripée comme du vieux bois lui collait aux os. Son regard triste ne fixait rien de bien précis. Il m’avait serré dans ses bras, prononçant faiblement un seul mot, Xieng, sur un ton vide de toute expression. Hugo était suivi en permanence par un être de grande taille dont le buste était enveloppé d’une coque métallique couverte de senseurs et de prises d’interfaces.

L’un des yeux du monstre était remplacé par un globe de verre noir menaçant qui pulsait rouge sang dans l’éclairage tamisé de la station. Hugo l’avait présenté comme son garde du corps, mais je m’étais vite rendu vite compte qu’il était plutôt son geôlier. Il se nommait Lyam Gorki. J’avais appris plus tard qu’il avait un grade de colonel au sein de la milice Riding Space.

Après mon retour avec le commando d’Yves Dampierre, j’avais été placé dans une cellule assez confortable mais soumis à de longues séances d’interrogatoires sous forme d’entretiens avec plusieurs spécialistes. La torture n’avait jamais été utilisée, mais vu le matériel présent dans la salle, ce n’était pas le cas pour tous les interrogatoires.

Les premiers entretiens avaient été conduits par des hommes de la Northern Tactical, puis quelques jours plus tard, deux scientifiques envoyés par la Riding Space avaient pris la main. C’étaient sans conteste des experts scientifiques du bio assemblage et ils se montrèrent très intéressés par les technologies qui avaient été déployées pour faire germer mon prototype. Je leur avais expliqué ce que j’en connaissais, sans rien cacher, mais ce n’était pas mon réel domaine d’expertise et je n’avais pu répondre à toutes leurs questions. Ils avaient ensuite abordé mon domaine d’expertise personnel : la fabuleuse prédisposition des insectes pour l’espace. Je leur avais expliqué que mon projet visait à exploiter cette prédisposition pour concevoir un vaisseau spatial en partie biologique et en partie matériel puis d’en assurer le contrôle grâce à une IA appropriée et une batterie d’interfaces dédiées. J’avais vite compris que mes interlocuteurs n’étaient pas à l’aise avec mon expertise, ils n’avaient jamais posé jamais les questions que mes révélations auraient dû susciter. Puis un jour, ils étaient arrivés avec une liste de questions très techniques, qu’ils n’avaient pas non plus semblé maitriser. J’avais immédiatement compris d’où venaient ces questions.

J’avais atteint mon but et créé le contact avec Hugo.

J’avais spécialement soigné mes réponses, veillant à ce qu’ils les retranscrivent correctement, pour être certain de passer à l’étape suivante. Le lendemain de cette séance, Yves Dampierre était entré dans ma cellule pour m’annoncer que les tractations entre les deux cartels avaient abouties et que j’allais être transféré sur un laboratoire de la Riding Space.

J’avais été surpris que ce soit Yves qui vienne m’annoncer cette nouvelle, il était hors de son rôle.

Après cette annonce, alors qu’il était censé quitter ma cellule, il était resté là, immobile et silencieux. Puis il s’était enfin décidé à parler après avoir longtemps hésité, comme s’il avait dû trancher entre deux choix lourds de conséquences.

– Ce que je vais vous dire doit rester entre nous. J’ai veillé à faire couper tous les dispositifs d’écoute de votre cellule. Donnez-moi votre parole de n’en parler à personne.

Surpris, j’avais acquiescé d’un hochement de tête, puis devant le silence de mon interlocuteur – il attendait que je prononce une parole – j’avais marmonné un « Ok » rauque du fond de ma gorge sèche.

– Vous allez rejoindre mon frère, à sa demande. Les nouvelles que j’ai pu collecter auprès des employés de Riding Space à son sujet m’ont effrayé. Je souhaiterai que vous me confirmiez leur véracité et si possible que vous entrepreniez tout ce qui est en votre pouvoir pour le sortir de son état. Je crains qu’il ne soit retenu contre sa volonté, ou maintenu dans un état dans lequel il est incapable de se rendre compte de son état. Son addiction aux drogues dures va le tuer si personne n’intervient, il est peut-être déjà trop tard pour réparer tous les dégâts causés par les composants qu’il ingurgite depuis des années.

– Mais pourquoi ne le contactez-vous pas directement.

– Je l’ai fait mais ses réponses ne m’ont pas convaincu, elles ne sonnent pas vrai, j’ai la désagréable sensation qu’elles lui sont dictées.

– Je ne serai qu’un prisonnier et ne pense pas que j’aurai la moindre autonomie pour entreprendre quoi que ce soit.

– Je vous aiderai, nous resterons en communication grâce à un petit appareil que nous utilisons pour les infiltrations. Nous serons seuls à en partager la clé, tous nos échanges seront cryptés et vous serez isolé de tout système d’écoute. Tendez votre bras, je vais vous injecter une capsule, ce n’est pas douloureux. En deux jours son contenu va se diluer dans votre corps et y camoufler ses composants. L’ensemble deviendra indétectable. Ensuite, vous seul pourrez activer la liaison par simple murmure de la clé. C’est sans danger, je me suis déjà injecté le même implant.

– Et si je refuse ?

– Nous oublions cette conversation et continuons chacun notre route. Mais j’avais cru déceler que vous aviez une affection particulière pour mon frère et que sa santé vous tenait à cœur. J’ai pris mes renseignements auprès de mon père qui n’était pas la simple brute que vous avez pu imaginer.

Il avait parfaitement compris les liens qui vous unissaient à Hugo avant de l’envoyer à West Point.

Son allusion avait été claire, il savait parfaitement quel genre de sentiment me poussait à retrouver Hugo. Même s’il ne savait pas que ce n’était pas la seule raison de ma présence ici.

– Ok, allons-y.

J’avais découvert mon bras droit, il y avait appliqué un petit tube qui m’avait injecté sous la peau une minuscule pastille, chef-d’œuvre de technologie, sans laisser aucune trace.

– Dès que vous trouvez un instant tranquille après votre arrivée sur la station, contactez-moi. La clé sera le mot Guernesey, vous devriez comprendre pourquoi.

J’avais été touché par cette sollicitude à l’égard de son frère. Nous n’avions jamais prévu qu’Yves Dampierre rentrerait dans le jeu lorsque Paul, Gilles et moi avions planifié notre action.

C’était d’ailleurs la seule anicroche à notre plan, je me rappelle avoir prié pour qu’elle ne fasse pas tout capoter.

Hugo avait entrepris de me faire visiter la station, toujours escorté de son garde du corps. Son laboratoire de physique nucléaire était fantastique, surtout la salle d’expérimentation en équilibre à l’extrémité des super structures de la station, une toile d’araignée de filins et capteurs de plusieurs centaines de kilomètres suspendue directement dans l’espace. Le vide lui permettait de monter de nombreuses expériences qui auraient été impossibles sur Terre. Nous avions parcouru un tiers de la station quand nous sommes passés devant une série de portes condamnées par de lourdes barres métalliques et surveillées par une nuée de caméras et de détecteurs dont les voyants pulsaient.

– Qu’est-ce qui se cache derrière ces portes, Hugo ?

– Un mal nécessaire.

Hugo allait continuer mais il fut froidement coupé par Gorki qui marquait ainsi qui était réellement aux commandes.

– Des espaces techniques, rien qui ne puisse vous intéresser. Il est strictement interdit d’accéder à cette partie, réservée au personnel technique. De toutes manière vous ne vous déplacerez qu’escorté par un garde.

Selon mes estimations et ce que j’avais pu apercevoir lors de l’approche pour nous amarrer, ces portes donnaient sur d’importantes soutes en forme de bulles, totalement opaques de l’extérieur, contrairement au reste de la station construite dans un matériau photo sensible qui ne devenait opaque que sur commande ou lorsque la lumière était trop intense.

Puis Hugo défaillit, le visage blême. Je me précipitais pour le soutenir. Son garde m’écarta et il l’étendit au sol pour lui administrer avec des gestes qui paraissaient coutumiers, une brève injection de ce qu’il qualifia de ‘tonique’. Hugo avais repris des couleurs et fini par se relever. Il avait murmuré :

– Désolé Xieng, je suis fatigué, j’ai dû travaillé toute la nuit précédente pour résoudre un problème. Continue la visite avec Gorki.

Ce dernier, soutenant Hugo, avait pris la direction de la section habitée de la station pour l’accompagner jusqu’au grand appartement qu’il y occupait.

Au moment de prendre congé, Hugo m’avait saisi la main, j’avais senti un objet contre ma paume alors qu’il la serrait tout en murmurant « Demain nous aurons toute une série d’entretiens à propos de ton projet, je serai en meilleure forme ».

J’avais discrètement glissé l’objet dans ma manche et emboité le pas de Gorki déjà en route pour terminer la visite au pas de charge. Un vaste réfectoire, des salles de détente et pour terminer le logement qui m’avait été attribué. Il avait conclu alors qu’un sourire tordait son demi-visage d’une grimace sinistre :

– C’est l’avantage des bases spatiales, comme vous ne pouvez pas partir très loin, nous ne sommes pas trop inquiets.

J’avais refermé ma porte et pris possession de cet espace dans lequel j’allais peut-être passer plusieurs années.

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