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Les cartels avaient jugé avoir trop perdu de temps avec Mars dans les décennies précédentes, ils avaient décidé de s’y installer de manière stable au plus tard dans vingt ans. Et pour cela, ils avaient créé un consortium nommé MarsCom. Un tel objectif aurait pu sembler utopique à tout esprit censé, mais plus personne n’était censé en ces temps.

La première décision de MarsCom avait été d’imposer à ses membres une cotisation exorbitante qui eut pour effet de lui donner les moyens de ses ambitions. Le montant était si élevé qu’il écarta nombre de petits cartels du projet.

Sa seconde décision avait été de scinder le problème en deux pour le simplifier : la terraformation de Mars et le transport entre la Terre et Mars seraient traités séparément. Deux appels d’offres avaient été lancés, aucune des réponses ne donnait totale satisfaction mais la pression était telle qu’il avait bien fallu avancer et deux projets avaient été choisis.

Flying Mars proposait une terraformation de Mars dont le principe reposait sur un léger décalage de l’inclinaison de l’axe de rotation de la planète sur elle-même et un infime changement de son orbite autour du soleil. L’augmentation de température attendue faciliterait la terraformation et la vie. Mais pour atteindre cet objectif, le cartel avait besoin d’une quantité d’énergie considérable. Il se proposait d’utiliser une série d’explosions nucléaires. Mais ce procédé rendrait la planète inhabitable pour plusieurs siècles. Les chercheurs du cartel étaient tous mobilisés pour réduire à vingt ans les effets des radiations.

Riding Space de son côté proposait tout un panel de véhicules spatiaux qui exploiteraient une nouvelle énergie dont il gardait jalousement le secret : l’énergie gravitonique. Ses esquisses de cargos étaient assez classiques, par contre en ce qui concernait les transports d’humains, il avait présenté un ambitieux projet basé sur la combinaison du bio-assemblage et de l’énergie gravitonique nommé Raptor. Mais le contrôle de l’énergie gravitonique et de ses effets n’en était qu’aux balbutiements, aucun des vaisseaux projetés n’était en mesure d’être produit de manière industrielle ni même de prendre l’espace pour rejoindre Mars.

Pendant ce temps, le conflit stagnait. Les fédérations écolos étaient bien trop occupées à formatter l’esprit de leurs populations afin de les jeter toujours plus jeunes au combat, pour s’occuper de l’espace. Celles qui avaient eu vent du projet des cartels l’avaient interprété comme l’imminence de leur victoire, ce qui les avait poussées à intensifier leurs efforts de guerre. Se reproduire et se battre étaient devenus les seuls idéaux de vie qu’elles prônaient. Gangrénées par le développement de sectes, déchirées par les luttes internes pour conquérir le pouvoir, ralenties par leurs administrations pléthoriques qui ne réussissaient pas à nourrir correctement toutes leurs populations ni à soigner les millions de malades et blessés, elles régressaient dans une perte des valeurs élémentaires d’humanité à l’origine de leur concept.

Du côté de la résistance, on avait regardé cette conséquence du conflit avec grande inquiétude : si les cartels étaient décidés à quitter la Terre pour rejoindre l’espace et Mars, ils n’allaient plus prendre aucune précaution pour préserver l’écosystème de la planète qu’ils quittaient. En outre, il n’était pas envisageable de laisser les cartels prendre le contrôle de l’espace solaire, la Terre se retrouverait cernée et encore plus soumise à leurs folies.

Mais la résistance, contrairement aux fédérations, était de plus en plus forte : plus les dégâts causés par le conflit apparaissaient irréversibles, plus nombreux étaient ceux qui rejoignaient ses rangs, souvent des adolescents qui venaient avec la ferme intention de changer la situation. Une nouvelle génération, à l’image de Mendelssohn, avait accédé à sa direction, bien décidée à ne plus laisser dériver l’humanité.

Jane Rickenbacker était surnommée ‘la guêpe’ au sein de la résistance. Très populaire, elle avait figuré parmi les précurseurs de cette vague de ralliements. Fille des banlieues de la fédération nordique, elle avait grandi dans une étouffante ambiance familiale de totale dévotion à l’écologie. Particulièrement précoce, elle avait fui très jeune cette culture sectaire pour devenir la maitresse du dirigeant d’un petit cartel spécialisé dans l’énergie. La protection de cet homme âgé lui avait permis d’entreprendre une formation de gestion et négoce dans une université des cartels. Mais les pratiques qu’elle y avait découvertes l’avaient tout autant dégoutée que l’obscurantisme consenti des écolos, elle avait tout plaqué pour rejoindre la résistance et y gravir les échelons.

Elle était là lorsque la première ville résistante, Ombres, avait été fondée.

L’emplacement de cette ville avait été gardé secret pendant des années, jusqu’à ce que la résistance se soit sentie assez forte pour la défendre efficacement. Membre du conseil depuis sa création, elle s’était longtemps occupée des relations avec les cartels. Car il était fréquemment arrivé que la résistance ait besoin des services ou de la production de certains d’entre eux. Lors de la dernière réunion du conseil, elle s’était vivement opposée à Mendelssohn qui avait pris la liberté d’infiltrer un homme au sein de Riding Space sans consulter le conseil et au péril de la vie de cet homme dont le renseignement n’était pas le métier. Mendelssohn avait répliqué que le temps pressait et qu’une telle opportunité ne se serait jamais représentée. Le conseil avait finalement désigné la guêpe pour doter la résistance d’une force spatiale le plus rapidement possible et par tous les moyens.

Les intrigues de Mendelssohn ne lui avaient jamais plu. Attendre que cet homme infiltré au sein de Riding Space leur rapporte le secret de la propulsion gravitonique n’était pas réaliste. Même si ce Xieng était un génie, il faudrait plusieurs dizaines d’années pour exploiter les renseignements qu’il transmettrait. Ce n’était pas ainsi que l’on rejoindrait les cartels dans leur maitrise de l’espace. Pour elle, actuellement Xieng travaillait plus pour la Riding Space que pour la résistance.

Parfaitement au courant des développement du MarsCom grâce à son propre réseau d’informateurs, souvent des camarades d’études en poste au sein des cartels, elle avait habillement œuvré pour manager une place sur l’échiquier à la résistance. Lorsqu’elle avait appris les difficultés de Riding Space avec son projet Raptor, elle avait réuni les experts en bio-assemblage de la résistance, C’est là qu’elle avait rencontré Gill et Paul, ils avaient échangé des heures, Mendelssohn avait été appelé pour se joindre à eux. Ensuite elle avait discrètement pris contact avec Riding Space pour leurs offrir un marché.

Peu de temps après, en conclusion de son appel d’offres, MarsCom avait convié les deux cartels finalistes à un ultime grand oral. Rickenbacker s’était arrangée pour figurer dans les invités comme représentante d’un cartel imaginaire, Mendelssohn lui avait fourni toutes les attestations et autorisations nécessaires.

MarsCom avait insisté pour que le responsable du projet Raptor vienne expliquer son travail en personne. Hugo avait été envoyé par Riding Space, escorté de l’éternel Gorki. Après une semaine de présentations et discussions, la commission MarsCom s’était retirée pour délibérer et tous les participants avaient été conviés à un cocktail de fin de session dans l’attente de ses décisions annoncée pour tard dans la soirée. La commission se réservait le droit de rappeler en session complémentaire toute personne impliquée.

Rickenbacker avait immédiatement localisé Hugo grâce à son maintenant célèbre cerbère mi humain qui ne le lâchait jamais.

– Quel beau nom de projet que Raptor, ça m’excite beaucoup.

Hugo s’était retourné pour contempler cette grande femme blonde qui l’abordait malgré la proximité de Gorki. La présence du post-humain à ses côtés avait d’ordinaire pour effet d’écarter les curieux, ce que pour une fois Hugo avait apprécié. La guêpe avait planté ses yeux verts comme deux lasers de guidage dans les siens et il n’avait pu s’en détacher.

– Vous vous intéressez à l’espace ?

– Non ! Mais à Xieng, oui. » Avait-elle glissé tout en tournant le dos à Gorki.

– Vous connaissez mon ami Xieng ? » Souffla Hugo, entre ses dents.

– Je connais aussi Gill et Paul, mais avant de poursuivre cette conversation, nous devons nous débarrasser de votre cerbère quelques minutes.

Tout en prononçant ces mots elle s’était retournée et avait heurté Gorki, renversant son verre sur son torse de métal.

– Ho ! désolée.

Gorki réagit immédiatement avec une gaucherie qu’il aimait forcer quand le besoin se faisait sentir de passer pour un rustre.

– Ce n’est rien, je suis étanche jusqu’à cinq cent mètres.

– Pourriez-vous me remplacer mon verre dans ce cas ?

Gorki avait dû juger le risque mineur car son visage se transforma en une horrible grimace, un sourire, et il s’était dirigé vers le bar.

– Je vous contacte de la part de la résistance, vos amis Gill et Paul.

– Et qu’est-ce qui me prouve que vous dites la vérité ? Que vous les connaissez ?

– Ils m’ont prêté ceci.

Elle lui avait présenté son poignet, deux perles d’ambre contenant des insectes figés y agrémentaient un fin bracelet d’une touche exotique. Hugo marqua un temps d’arrêt.

– Que voulez-vous ?

– Nos experts pensent que votre découverte serait mieux adaptée pour terraformer Mars, qu’en pensez-vous ?

– De quel droit vous mêlez-vous de ça ?

– Nous voulons éviter que Mars ne devienne une planète radioactive pour plusieurs siècles. Ce serait dommage que votre nouvelle propulsion permette de l’attendre en si peu de temps mais que ce soit juste pour la regarder de loin. Ou pour que seuls des non-humains façonnés par Monxanto la parcourent.

– Riding Space n’a pas le temps ni le budget pour monter un projet entier de terraformation. Je m’y étais intéressé et, à mon avis, il n’y a pas que l’énergie utilisée qui compte. Je ne suis pas certain que les solutions basées sur un changement d’orbite soient suffisantes.

– Mais Flying Mars a eu l’air très intéressé par votre exposé et eux disposent de tout un projet, le seul point qui cloche, c’est l’énergie qu’ils utilisent. Terraformer Mars serait un projet taillé pour vous. Leurs scientifiques ne font pas la maille, comparés à vous. Et ils s’en sont aperçus, le MarsCom aussi.

– Je travaille pour Riding Space, pas pour Flying Mars.

– Je préfèrerais que vous travailliez pour moi mais vous allez travailler pour eux. Pensez-vous que je sois la seule à avoir remarqué que votre énergie gravitonique serait mieux adaptée à une terraformation de Mars que l’énergie nucléaire ? Pour quelle raison pensez-vous que le MarsCom a exigé votre présence physique ? N’importe qu’il vulgarisateur aurait pu présenter le projet Riding Space.

– Ils ne peuvent pas faire ça.

– Ils vont se gêner.

– je refuserai, ils ne peuvent m’y forcer.

– Vous auriez tort, c’est un très beau projet. Vous seriez libéré de Gorki et apparaitriez pour le sauveur des cartels. Vous pourriez m’envoyer des informations sur vos avancées, vos amis apprécieraient. Si vous vous décidez, où que vous soyez, utilisez ces objets, nous saurons entrer en contact avec vous. Ce sont des copies spéciales, il vous suffira de les assembler.

Elle lui avait remis les perles d’Ambre accrochées à son bracelet.

Après une soirée de délibérations, la commission avait rendu une décision qui en avait surpris plus d’un. La Terraformation de Mars avait été attribuée à Flying Mars, mais son projet devait être adapté de toute urgence pour exploiter l’énergie gravitonique. Hugo avait été chargé de l’adaptation du projet et avait immédiatement embarqué pour son nouveau lieu de travail.

Les transports entre la Terre et Mars avaient été attribués à Flying Mars qui avait deux ans pour mettre à disposition une vingtaine de cargos et une centaine de Raptors.

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