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J’étais Xieng, ce monde m’avait une fois de plus enlevé Hugo ou était-ce encore une de ses fuites. Je me demandais si je saurai jamais.

Gorki était revenu seul du MarsCom, il avait fulminé pendant une heure, tournoyant dans tous les sens comme un drone fou en attendant l’établissement d’une session holo. Puis une fois la session établie, il s’était enfermé seul avec les dirigeants de Riding Space. J’avais entendu des cris, des hurlements, des grincements métalliques, puis le calme était revenu. Il m’avait appelé dans la salle d’un signe par l’ouverture de la porte. J’avais fait connaissance des trois dirigeants de Riding Space, deux femmes et un homme, ce dernier avait pris la parole :

– Vous devenez le nouvel ingénieur en chef. Hugo Dampierre nous quitte pour se charger du projet de terraformation de Mars avec Flying Mars. Nous devons, donc vous devez, lui fournir des vaisseaux sous un délai de deux ans.

– Et si je refuse.

– Vous n’êtes plus prisonnier. Monsieur Gorki va quitter la station pour se consacrer à d’autres activités. Pour le reste, nous vous laissons avec quelqu’un qui va vous convaincre.

Gorki était sorti de la salle le visage déformé par la même grimace qu’il arborait lorsqu’il souriait, mais dans ce cas c’était de la colère. Les modélisations de mes interlocuteurs s’effacèrent pour faire place à celles d’un autre groupe de personnes. Le holo zooma et les corps germèrent jusqu’à une taille normale en face de moi. Il y avait Gill, Paul, Yves Dampierre, Mendelssohn et une femme qui se présenta comme Rickenbacker. Nous avions discuté assez longtemps, ils m’avaient expliqué que c’était à leur demande que Hugo avait rejoint le projet de terraformation de Mars. La résistance avait conclu un accord avec le cartel et elle apportait son soutien au projet Raptor. Rickenbacker, qui avait négocié cet accord, avait trouvé ses interlocutrices très ouvertes aux idées de la résistance. Bien entendu, les droits sur le projet seraient partagés mais de plus Flying Mars céderait une partie de la concession Martienne que lui octroierait MarsCom. L’accord restait bien entendu secret et rien ne devait en filtrer auprès de MarsCom. Je n’avais pas été totalement surpris de retrouver Yves aux côtés de la résistance, par contre j’avais été déçu lorsqu’il m’avait appris le mensonge d’Hugo à propos de son charnier d’humanoïdes.

Mais ce mensonge avait éclairé nos petites difficultés passagères d’un jour nouveau. Gorki avait tourné quelques temps dans la station pour régler quelques affaires puis emprunté une navette pour disparaitre vers une destination inconnue. J’avais appris que Flying Space l’avait licencié, à la demande d’Hugo, lui versant tous ses droits contractuels et lui souhaitant bon vent. C’est la résistance qui avait pris en charge la sécurité de Jersey, ce qui donna l’occasion à Yves Dampierre de nous faire quelques visites.

MarsCom et surtout Riding Space avaient imposé le secret absolu sur les recherches menées par chacune des équipes. Je n’avais jamais pu contacter directement Hugo, ne recevant que des nouvelles par le canal de MarsCom.

La semaine suivante, Gill et Paul avaient rejoint la station et apporté toute leur expertise. Dans leurs bagages ils avaient inclus un véritable miracle pour le projet Raptor, une découverte fantastique qu’ils avaient réalisée quelques mois plus tôt : une matière capable de capter l’énergie noire de l’espace environnant. Un bio assemblage assez complexe. En vacances quelques jours dans la maison des parents de Gill, par une nuit d’été étoilée, ils avaient observé un groupe de lucioles. Paul avait remarqué que les étoiles n’étaient que de grosses lucioles perdues dans l’énergie noire de l’espace. De retour dans leur labo de la résistance, ils avaient tenté un assemblage… bien plus tard j’allais comprendre qu’il n’y avait eu aucune coïncidence en cette découverte. De son côté, Rickenbacker en avait senti tout le potentiel et l’avait emportée dans ses bagages lorsqu’elle était allée négocier avec ses amies de Flying Mars.

Ensuite j’avais passé mes nuits à reprendre les calculs d’Hugo. Son réacteur utilisait la fusion nucléaire pour générer les gravitons utilisés pour la propulsion. Cela nécessitait une chambre de fusion qu’il fallait soigneusement isoler. Si jamais cette isolation était un tant soit peu insuffisante ou défaillante, elle contaminait tout ce qui se trouvait dans le vaisseau et empêchait la régénérescence normale des cellules vivantes de la coque du Raptor, ce qui expliquait nos problèmes.

C’est pour ça qu’Hugo avait mené en cachette toutes ces cruelles expériences sur les hybrides humains que lui fournissait Monxanto. Miniaturiser son réacteur avait créé un problème d’isolation qu’il n’arrivait pas à résoudre. Sans la nécessité de la miniaturisation induite par le projet Raptor, l’isolation n’aurait jamais constitué un problème.

Cela m’avait pris six mois pour modifier la chambre génératrice de gravitons conçue par Hugo pour qu’elle exploite l’énergie noire. Nous avions alors fait germer pour notre minuscule Raptor d’immenses ailes avides de matière noire afin qu’elles abreuvent notre moteur d’un flux suffisant. Gill s’était ingéniée à leur permettre de se replier facilement sous des élytres destinés à servir de bouclier pendant les phases de vol atmosphérique. Notre variante par captation de flux possédait de très nombreux avantages par rapport au réacteur, elle ne nécessitait pas de lourde isolation, n’émettait aucune onde létale pour les cellules vivantes et permettait une structure bien plus légère.

Pendant ce temps toute une série d’inventions issues des nouveaux laboratoires de la résistance ou des cartels étaient venues rendre la migration des cartels vers Mars crédible. Un génie avait mis au point un système de communication quantique qui permettait de s’affranchir des ondes radio et de leur faible vitesse à parcourir les distances, il avait nommé sont prototype Odyssey. Son cartel avait été mandaté pour installer une série de satellites relais pour assurer des communications instantanées dans l’espace solaire.

Un autre cartel avait mis au point des bio nanites capables de renforcer le corps humain à la manière d’une carapace d’insecte lorsque l’accélération dépassait le supportable. MarsCom nous avait envoyé des prototypes de chambre d’hibernation pour vol spatial basées sur ce concept.

Le lendemain du jour où nous avions informé MarsCom notre entrée en phases de tests du nouveau Raptor, Hugo, avait répliqué par l’annonce que son réacteur gravitonique était prêt et qu’il n’aurait pas besoin de vaisseau cargo pour le conduire jusqu’à Mars. MarsCom et ses cartels se réjouissaient de cette émulation.

Nous avions construit vingt grosses unités de croissance pour la production de nos Raptors, elles flottaient autour de Jersey comme de grosses bulles bardées de capteurs, en permanence entourées d’une noria de drones ouvriers pilotés par l’IA de la station.

De son côté, Hugo avait déployé sur son site du Kazakhstan une armée d’hybrides humains, sans doute fournis par Monxanto. Nous les avions contemplés de notre orbite, ils s’étaient acharnés à monter, sans le moindre répit, un milliers d’immenses vaisseaux. Six mois lui avaient suffi pour accomplir cet exploit, sans doute au prix de centaines de vies. Au début, ce détachement d’Hugo envers la vie m’avait choqué, un aspect désagréable de sa personne que je n’avais jamais perçu avant. Puis je m’étais rappelé le récit d’Yves Dampierre à propos de son père et cette tare génétique héritée de son père avait presque réussi à dédouaner, dans mon esprit, Hugo de sa responsabilité.

Pendant les deux années de ce rush vers Mars, la guerre entre cartels et fédérations s’était intensifiée. Certaines grosses fédérations, comme celle qui avait hérité des territoires de l’ancienne Chine, avaient infligées de lourdes pertes aux cartels. La résistance, sous la direction d’Yves Dampierre, avait assis son autorité sur une partie de l’Amérique du Nord et de l’Europe. À la vue de ces évolutions, MarsCom décréta qu’il était temps de partir vers Mars, même si nos Raptors n’étaient pas totalement prêts. Nous avions protesté, demandant encore quelques mois. Mais Hugo de son côté avait répondu en annonçant son départ imminent pour Mars.

A la date annoncée, le Kazakhstan s’était transformé en une gigantesque orgue de Staline dont avaient jailli les milles Tigres. Les monstres avaient gravité quelques temps autour de la Terre avant de se placer en formation pour prendre la direction de Mars, à une vitesse jamais atteinte par l’homme jusqu’à là. Ils étaient suivis par toute une armada de vaisseaux, ceux des cartels qui n’avaient pas souhaité attendre la mise à disposition de Raptors, préférant un voyage de six mois qu’ils passeraient en hibernation, au risque de se faire voler leur parcelle martienne en arrivant trop tard.

Flying Mars leur avait pourtant explique que nos Raptors, même s’ils n’étaient prêts que dans deux mois, arriveraient avant eux. Mais rien n’y avait fait.

Une fois son armada de Tigres arrivée à destination, Hugo avait informé MarsCom de l’enclenchement de la seconde phase de son plan : l’adaptation des Tigres au sol pour qu’ils démarrent la terraformation. Grace au système Odyssey, les élites des cartels pouvaient suivre la rapide avancée des opérations et les échanges entre Hugo et MarsCom.

– Sur nos mille réacteurs, seulement deux ont subi des avaries lors du contact avec le sol. Deux réacteurs de la réserve sont venus les remplacer, les tenseurs géodésiques ont été réévalués. Les transformations sur les réacteurs devraient être terminées dans une semaine. Nous pourrons passer en phase trois.

– La phase trois est une phase de test qui nous parait inutile, nous suggérons de la supprimer ou de la simplifier pour enclencher la phase quatre. Plus nous attendons et plus la situation sur Terre va nous être défavorable.

Pendant ce temps nous conduisions nos propres tests sur le Raptor, j’avais décidé d’effectuer un aller-retour vers Mars. Je rentrai en hibernation quand Gill m’avait appris que MarsCom avait demandé à Hugo de réduire ses délais.

Le reste, je ne l’avais découvert que lorsque j’étais sorti d’hibernation, en approche de mon Raptor sur l'espace orbital Martien.

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