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J'étais Xieng, un être plongé dans un total désarroi alors que j’avais refermé la porte de mes quartiers sur la station Jersey.

J’avais retrouvé Hugo, mais il n’était plus qu’un zombie qui ne semblait pas se souvenir du moindre sentiment que nous avions partagé. Seules mes recherches semblaient avoir éveillé son intérêt. Il faut dire qu’il était salement amoché.

Et ce monstre bionique, Gorki, qui le chaperonnait ne semblait pas facile, traquant de son œil rouge le moindre de nos gestes. Je ne m’attendais pas à ce genre de difficulté. Il avait ensuite fallu que je donne de mes nouvelles à Yves Dampierre, comme promis, pour ne pas éveiller sa curiosité, à lui non plus. J’avais hésité puis espéré que son implant fonctionnerait comme il me l’avait indiqué. Est-ce que Gorki ne possédait pas une extension capable de détecter la communication ?

J’avais doucement prononcé ‘Guernesey’, il y avait eu un léger craquement, sans doute étais-je le seul à l’avoir perçu, et quelques secondes plus tard Yves Dampierre m’avait répondu.

– Bonjour Xieng, content que vous ayez réussi à m’appeler, avez-vous rencontré Hugo ?

– Oui, mais je n’ai pas réussi à échanger avec lui, il est surveillé en permanence par un nommé Gorki, un étrange personnage muni d’extensions bioniques. Il est très faible et j’ai vu Gorki lui faire une injection d’un soi-disant tonique. Nous devons nous voir demain.

Tout en prononçant ces mots, je m’étais rappelé cet objet glissé par Hugo à l’insu de son garde. Je l’avais récupéré là où je l’avais glissé, c’était un petit rouleau de bois évidé et j’avais immédiatement compris le message qu’il recelait. C’était un fragment de tige de roseau séché. Je me servais de ces tiges pour assembler mes maquettes. Donc Hugo se rappelait encore…

Yves avait repris la parole.

– Je vais effectuer des recherches sur ce Gorki. Il risque de nous gêner. Il est important de comprendre si Hugo est encore conscient et de savoir s’il est retenu contre son gré. Important aussi de voir s’il ne serait pas nécessaire de le sauver malgré lui.

– Cela va prendre du temps…

– Je resterai en alerte, appelez-moi quand vous aurez avancé à la même heure, sauf urgence.

Le petit craquement avait retenti dans mes oreilles indiquant la fin de la com. Comme un tourbillon emportait tout dans mon esprit, j’avais décidé de prendre une douche et de me mettre au lit, rien de tel qu’une nuit pour stopper les vortex de pensées.

Le lendemain, Gorki était venu frapper à ma porte pour me convier à le suivre. Hugo m’attendait dans une salle de réunion impersonnelle. Je ne doutais pas que nos moindres échanges étaient mémorisés.

Nous avions été très professionnels et passé la journée à discuter de mon projet. Il en fut de même pendant les cinq jours suivants. Hugo, qui semblait en meilleur forme que lors de mon arrivée, avait parlé d’un ton calme, ses questions étaient précises mais jamais agressives. Il n’avait fait aucune allusion à notre passé, ni à sa situation. La discussion, qui au début était à sens unique, avait fini par s’équilibrer. Hugo avait été séduit par mes théorie et commençait à envisager de greffer son système sur mon prototype. Il avait été obligé de me dévoiler ses contraintes et fini par m’expliquer ses théories sur la propulsion gravitonique. À ce moment, Gorki, présent à toutes nos séances, avait bien tenté d’arrêter Hugo, mais il nous avait été facile de lui expliquer que sans en divulguer plus sur la propulsion, il aurait été impossible d’avancer. Il était sorti de la pièce, sans doute pour demander confirmation à ses commanditaires, puis revenu reprendre sa place d’observateur sans plus jamais nous interrompre.

Il était vite apparu que mon prototype actuel ne pourrait jamais héberger la totalité des équipements massifs de la propulsion gravitonique. Il était trop petit et il lui manquait un élément essentiel : de grandes ailes de collecte d’énergie noire. Cela signifiait qu’il nous faudrait concevoir un tout nouveau modèle. Et j’avais immédiatement su quel insecte allait me servir de modèle : Meganeura Monyi, une gigantesque libellule qui vivait au Carbonifère supérieur dans les forêts tropicales. J’avais précieusement conservé avec moi, la plupart du temps accroché autour du cou, ce pendentif d’ambre dans lequel figuraient des cellules de la grande libellule figées par le temps.

Ensuite je m’étais laissé emporter par ce défi, oubliant pour quelques temps les raisons de ma présence sur Jersey et mon statut de prisonnier.

Pendant cette phase d’investigation et de préparation, Hugo resta distant, me traitant comme un collègue alors que personnellement, j’éprouvais le plus grand mal à cacher mes sentiments. L’esprit de cet Hugo était aussi brillant, peut-être même encore plus que celui que j’avais aimé et admiré adolescent. Chaque soir, Gorki me raccompagnait à mon appartement, chaque matin il venait me chercher. Mais je savais que ce n’était qu’une question de temps avant que le développement de notre nouveau projet ne l’oblige à assouplir sa surveillance : j’allais devoir travailler et échanger avec une multitude d‘intervenants, me déplacer entre de nombreuses salles.

Le projet fut nommé Raptor par les autorités de Riding Star. J’avais accepté ce nom bien qu’il n’ait rien eu à voir avec ce qui allait germer dans la cuve, une libellule du paléozoïque n’a rien à voir avec un dinosaure. Mais il sonnait bien avec la raison de ma présence ici.

Une armada d’experts du macro bio assemblage débarqua, dans le nombre j’avais reconnu les deux hommes venus me questionner chez Northern Tactical.

La mise en commun de nos connaissances, le fait que le laboratoire soit en gravité zéro, nous avaient permis de réduire de manière drastique les délais. En deux mois un prototype de Raptor avait commencé à germer dans une immense cuve qui flottait dans l’espace à côté de la station. Toute une chevelure en fibres avait bientôt relié le bébé Raptor à nos ordinateurs pour en contrôler la croissance, elle s’embrasait de milles couleurs à chaque rotation de la station, lorsque le soleil l’éclairait.

De son côté Hugo avait entrepris de miniaturiser sa propulsion pour qu’elle puisse tenir dans le Raptor. Ce fut une phase où je l’avais beaucoup moins croisé. Il procédait encore à de nombreux essais sur l’autre face de la station, celle à laquelle je n’avais jamais eu accès, Gorki montrant ses dents de ferraille acérées chaque fois que j’avais tenté une intrusion de ce côté.

Occupé par le projet, je n’avais fait aucun progrès sur le rapprochement avec l’ancien Hugo. Un soir j’avais entendu le craquement caractéristique dans mes oreilles, Yves Dampierre s’inquiétait.

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