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J’étais Xieng, le fuyard qui parcourait le monde à la recherche de sa personnalité et d’amis.

J’avais repris la route pour finalement réussir à rejoindre Gill et Paul au prix de quatre mois de galère. Mais cette fois j’avais marché seul, avec pour unique aide, au long de ma quête, quelques contacts donnés par les parents de Gill. J’avais appris par cœur les adresses. Une manière un peu brutale de rejoindre le peloton de tous ceux de mon age qui n’avaient pas, comme moi, grandi esclaves protégés à l’écart de la société mais dans un monde déchiré par la guerre où chaque jour était une nouvelle épreuve. Le plus difficile fut le passage entre l’Amérique du nord et l’Europe, planqué au fond de la cale d’un ancestrale cargo dont le capitaine ne m’inspirait pas la moindre once de confiance. Nous étions une vingtaine et montions à tour de rôle la garde pour ne pas finir comme nourriture du monde marin. Les retrouvailles furent à la mesure de cette attente : inoubliables, définitives et colossales. Des minutes de bonheur absolu à jamais gravées dans ma mémoire.

Gill et Paul vivaient maintenant en couple et travaillaient sur le même projet. Leur équipe avait réussi à construire un bio-assembleur moléculaire révolutionnaire. Un véritable bijou de biotechnologie. Ils s’attaquaient maintenant à une seconde phase : reproduire et industrialiser leur invention de manière à générer non plus des résultats de taille nanoscopique mais macroscopiques. L’imbrication intelligente de milliards de nano bioéléments au cours de la germination d’une seule entité, avec ses étapes embryonnaires, son enfance et son adolescence. Leur équipe bénéficiait d’un environnement qui m’avait immédiatement étonné par son abondance de moyens et son luxe. Comment des gens censés vivre dans la résistance avaient-ils pu installer un tel laboratoire ? Une construction de cinq étages, soigneusement planquée dans un immense aven d’un causse de calcaire. Sur le plateau du causse, on ne se serait jamais douté qu’à quelques centaines de mètres, dans une gigantesque cavité de craie blanche, se tenait un labo peuplé d’une cinquantaine de chercheurs et d’assistants. L’installation bénéficiait d’une totale autonomie énergétique grâce à des piles à combustible. Une petite milice de résistants en assurait la sécurité avec la totale complicité des habitants de la campagne environnante. Quand je l’avais questionné à ce sujet, Paul m’avait répondu que l’un des membres de l’équipe de recherche était le fils d’un dirigeant de cartel. Dans le dos de son père, il usait de son nom et de sa connaissance des cartels pour alimenter l’équipe de recherche en tout ce dont elle avait besoin. Ils avaient suivi les mêmes cours à Cambridge. Paul lui avait présenté un grand escogriffe, Jeff, lequel avait juste interrompu la tâche qui l’occupait, le temps d’un bonjour souriant, repoussant ses lunettes sur le sommet du crâne. Il inspirait totale confiance.

Je m’étais vite intégré dans leur équipe, je compensais une totale absence de connaissances en biologie par mon habilité en programmation. C’est de cette époque que je tiens mon savoir sur les intelligences artificielles.

Ce fut une période heureuse, Gill et Paul avaient finalisé un premier prototype : une vaste cuve remplie de liquide dans lequel flottaient plusieurs poches imbriquées les unes dans les autres comme des matriochkas. Une jungle de fibres optiques les reliait à une petite unité centrale. La cuve était jalonnée de cellules photo émissives capable d’envelopper son contenu de toutes sortes de rayonnements.

De mon côté, j’avais travaillé dur sur un prototype d’engin volant biologique, m’inspirant d’un minuscule moucheron.

Gill et Paul avaient sélectionné un jeu de cellules souches prélevées sur ce type même de moucheron et ils en avaient modifié les caractéristiques pour que le bio-assembleur s’en serve de base de germination.

Ce furent deux années de tâtonnements, de minuscules ajustements, de découragements et d’emballements optimistes. Et puis un jour notre bébé réussi à franchir son premier mois de gestation. Nous avions observé les cellules se multiplier au fil du temps et petit à petit prendre la forme que j’avais dessinée. L’objet était parfait. Parfait mais inutile car il lui manquait une intelligence pour coordonner les mouvements des ailes en y injectant des impulsions nerveuses. J’allais consacrer une bonne part de ma vie à résoudre cette problématique. L’autre problématique, celle de l’énergie, c’est Hugo qui en trouverait la solution.

De la plantation je n’avais rien emporté sauf un fossile de libellule du carbonifère enchâssé dans une plaque d’ambre jaune. Ce projecteur jaune braqué sur un objet d’un passé lointain m’avait toujours fasciné. C’est Gill qui nous l’avait rapporté, l’ayant subtilisé à son père dans un ensemble de pièces destinées aux laboratoires de recherche sur les gênes.

Je m’étais juré de l’utiliser pour créer un prototype. Car le passé pouvait reprendre vie, je m’en étais convaincu depuis le départ d’Hugo.

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