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En ces temps le monde était déchiré par l’affrontement entre des cartels et des fédérations d’états écologistes intégristes, le reste de sa population se terrait dans des villes libres. Le tournant datait du début du XXIe siècle lorsque les financiers qui dirigeaient le monde avaient opté pour la décroissance. La froideur d’une feuille de tableur sur laquelle apparaissait des gains financiers bien plus important s’ils adoptaient une politique de décroissance extrême plutôt qu’une croissance extrême, ce froid constat avait suffi à leur faire virer leur cuti expansionniste au profit d’une version écolo. Bien sûr il avait été nécessaire de revoir un peu l’organisation globale du monde pour arriver à l’équilibre. Les cartels seraient la force, l’énergie, le changement. Les fédérations écolos la masse, la stabilité, la sécurité, la préservation, un port calme pour toutes les âmes, sans questions, sans affrontements, sans combats. L’affaire s’était réglée en quelques sommets plus ou moins officiels, rapidement. Ils s’étaient lancés dans la protection de la Terre et la lutte contre l’expansion à n’importe quel prix. Ils avaient abandonné le nucléaire, empochant au passage des milliards en démantèlement de toutes les centrales existantes. Ils avaient déplacé des villes entières car bâties sur des zones irrécupérables. La doctrine écologiste enseignée dans toutes les écoles, la notion du nécessaire sacrifice de l’homme, pour sauver son environnement, matraquée. Dans certains cas elle fut assénée par les nouveaux intégristes jusqu’à ce que mort s’ensuive, jusqu’à briser toute résistance, tyranniquement. Les carburants fossiles avaient été sanctuarisés, les usines fermées les unes après les autres. Au début ils avaient bien implanté plusieurs millions d’éoliennes et autres mécaniques productrices d’énergie, mais cela n’avait duré qu’une cinquantaine d’années. Les usines qui fabriquaient les monstres avaient fermé, les avions et les bateaux qui en transportaient les pièces s’étaient raréfiés, leur construction avait été abandonnée. On se contentait d’entretenir l’existant jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de composants de rechange. Ensuite parfois on démontait.

Les états s’étaient regroupés selon de nouvelles règles, de grandes plaques géopolitiques telles les États-Unis, l’Europe, la Russie avaient volé en éclats. Seule la Chine avait résisté un peu plus longtemps avant de se décomposer comme les autres. Alors les hommes avaient vécu dans des fédérations aux doctrines écologistes plus ou moins strictes, très peuplées par des êtres sensibilisés dès leur plus jeune age et préoccupées par l’avenir de leur monde-nombril. Entre ces plaques rigides était censée s’activer l’énergie qui permettrait au système de fonctionner, le pouvoir qui déplacerait les montagnes. De grands cartels, conçus pour vendre leurs services aux fédérations, avaient proposé à prix d’or une multitude de solutions aux problèmes que parfois ils créaient eux-mêmes et que les fédérations étaient incapables de prendre en charge. Soit qu’elles n’aient plus les connaissances scientifiques nécessaires à la moindre réalisation, soit que cette réalisation impliquât de contrevenir aux règles de l’écologie. Les enfants des financiers de l’ancien monde formaient encore une élite dirigeante, mais ils régnaient les uns sur des fédérations écologistes de plus en plus intégristes et les autres sur des cartels de plus en plus performants. Les services proposés par les cartels avaient vite couvert toutes les activités humaines imaginables. Ce pouvait être la construction de nouvelles citées saines pour échapper soit à la montée des eaux soit aux nouvelles rigueurs climatiques. Des citées conçues dans le plus pur respect des règles fondamentales écologistes. Ce pouvait être aussi la fourniture d’équipements agricoles, de semences, d’animaux nouveaux et non comestibles, d’insectes sains ne détruisant plus les récoltes. Ce pouvait être enfin la fourniture de millions de tonnes de nourriture synthétique, adaptée au véganisme très répandu chez leurs clients, pour lutter contre des vagues de famines de plus en plus fréquentes dues à l’incurie des dirigeants des fédérations. Le temps avait agi comme un concentrateur de ce que l’inventivité humaine pouvait produire de pire. Au départ, ces cartels avaient été présentés aux masses populaires comme des entités virtuelles, sans aucun territoire, sans aucune population, de simples assemblages de compétences qui ne devaient vivre que le temps d’une stabilisation du vaste mouvement écologiste. Avec le temps, seuls quelques historiens savaient encore que ces cartels étaient l’émanation des anciennes puissances financières. Bien sûr, il y avait eu des esprits rebelles. Ils avaient été combattus tant par les fédérations que par les cartels, chassés et traqués. Certains avaient réussi à se réfugier dans quelques trous perdus de la planète, là où personne n’avait envie d’aller les chercher. D’autres vivaient dissimulés dans les immenses banlieues des plus grandes agglomérations, un autre lieu où il était très compliqué à une police ou à une inquisition de tout contrôler.

Les cartels avaient soigneusement veillé à ne pas intervenir dans le réchauffement climatique qui avait fait monter toutes les eaux du globe, qui avait désertifié des territoires autrefois riches, jetant sur la route des millions de réfugiés. Certains quittaient leurs fédérations délabrées et tentaient de se faire accepter dans d’autres qui leur paraissent plus accueillantes de l’extérieur. Les cartels leurs proposaient sans vergogne des services de corruption qui permettaient de passer les frontières et d’obtenir des papiers dans n’importe quelle fédération. Certains réfugiés, sans ressources, signaient avec eux des contrats sur leur vie pour sauver le reste de leur famille. Ils disparaissaient dans les semaines suivantes sans que personne ne reçoive plus de nouvelles. Mais ceci n’était pas une activité nouvelle pour l’homme. Avec le temps, il devint impossible pour les fédérations, qui avaient perdu toute notion de commerce, de se payer des services toujours plus chers sur leurs seules réserves de l’ère précédente. Alors, contre leur volonté, elles avaient dû concéder des clauses d’exclusivité léonines, certaines avaient même été contraintes de céder des parties entières de leurs territoires aux cartels, abandonnant tout droit de regard sur ce qui pourrait s’y passer. À cette occasion, la tension conceptuelle entre les dirigeants de chaque bord avait grimpé de quelques crans. Les immenses étendues récupérées des fédérations furent exploitées sans précautions puis abandonnées, créant de potentielles zones de catastrophes écologiques. Car la Terre avait besoin que l’homme panse les plaies qu’il y avait créé, sans cela elle tentait de les guérir par ses propres moyens souvent radicaux. Avides de découvertes scientifiques, ne s’embarrassant ni d’éthique ni de philosophie autre que le profit, les laboratoires des cartels tournaient à plein.

Et comme souvent, dans cette incompréhensible logique qui caractérise l’histoire humaine, une découverte avait jailli au même moment et en plusieurs lieux : les nanobiotechnologies. Dès lors toute la recherche scientifique dont les cartels détenaient l’exclusivité avait pris une nouvelle direction. Les gurus du silicium et des terres rares cédèrent la place aux nanobiotechnologistes. La concurrence entre cartels, qui avait toujours existé, fut exacerbée. Certains en venaient à s’affronter directement, par l’intermédiaires de cartels militaires. Le bio assemblage emporta tout sur sa lancée, y compris le peu de savoir scientifique qui existait encore au sein des fédérations. Perdus dans leur nouvelle ignorance, les plus intégristes des fédérations débutèrent une croisade contre les nanobiotechnologies. Les frictions entre cartels et fédérations écologistes s’étaient transformées en une guerre ouverte, une très longue période d’affrontements et de règlements de compte. On avait repêché de vieilles ogives nucléaires des fosses où elles auraient dû être oubliées pour les placer sur tout ce qui pouvait tenir l’air et semer la destruction. On avait retrouvé les caches d’armes sous les anciennes villes, dans les anciens bastions en ruines. On avait rebooté de vieux ordinateurs de tir. On avait rameuté et formé les troupes bêlantes de la population écolo pour leurs désigner le nouveau Satan qui dévorait Gaïa et les jeter dans une série de croisades purificatrices.

Chacune des forces belligérantes méprisait la vie, le conflit devint effroyable. Au début, les cartels, grâce à leur supériorité opérationnelle et technologique avaient contrôlé la guerre, infligeant de cruelles blessures aux fédérations. Un bon nombre furent décapitées par des opérations commando ponctuelles. Mais la masse combattante était du côté des fédérations qui avaient relancé l'arme de la natalité, et quelques cartels, à cours de combattants, furent extirpés de leurs possessions, leurs emprises furent brisées.

En réactions les laboratoires furent planqués hors de portée des fédérations, leurs défenses renforcées. Ils se lancèrent dans la fabrication d’armes, dans le développement de nouveaux engins produits par d’immenses bio-assembleurs rudimentaires.

Les cartels avaient toujours préféré l’espace à la Terre, ils pouvaient y déposer leurs déchets sans problème et se livrer à des exploitations de ressources sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Certains cartels y installèrent leurs laboratoires à l’abris des actions des fédérations ou de leurs concurrents.

Puis l’idée d’abandonner la Terre, qui n’offrait plus aucun intérêt, avait germé dans les esprits. Comme la morphologie de l’homme n’était pas du tout adaptée à la vie dans l’espace, ils avaient jeté leur dévolu sur les plus proches planètes : la Lune et surtout Mars.

Pendant que le conflit continuait sur Terre, des vaisseaux furent lancés vers la planète. En quelques dizaines d’années des bases furent installées. Mais ces conquérants déchantèrent : sans terraformation, Mars était encore plus invivable que l’espace. Et, comme leurs ancêtres qui s’étaient lancés avec énergie et fureur dans l’écologie, ils se lancèrent dans l’étude de la terraformation de Mars. À nouveau des tableurs furent remplis, des accords signés, des crédits mobilisés, des ressources humaines assignées, des exécutants désignés.

Monxanto était l’un de ces cartels, spécialisé dans les productions agricoles végétales et animales, il espérait être chargé de développer une faune pour Mars ainsi qu’une population d’ouvriers capables d’aller y bâtir les pyramides des cartels.

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